L’”Europameeting” de la CSJ a rassemblé les jeunes de centre-droit de la Grand


“Une journée inédite et symbolique pour la coopération transfrontalière au sein de la Grande Région” (Article du site Internet « www.europaforum.public.lu »)

Le 17 janvier 2009, la Jeunesse chrétienne-sociale luxembourgeoise (CSJ) a lancé une invitation à son “Europameeting” dans les locaux du château de Mamer. Une cinquantaine de “Jeunes Populaires” de Lorraine, de la “Junge Union” allemande et de “Jeunes CDH” belges, ainsi que les eurodéputées Erna Hennicot-Schoepges et Astrid Lulling, et la commissaire européenne Viviane Reding, ont donné suite à cet appel. A l’ordre du jour : présentation du programme pour les élections européennes du 7 juin 2009 et échange d’idées sur la Grande Région.
“Pour la jeunesse, pour la Grande Région et pour l’Europe”

Après les allocutions de bienvenue et les vœux de nouvel an présentés par les délégués de chaque groupe de la Grande Région, Serge Wilmes, président national de la CSJ, a présenté “le projet de programme électoral des mouvements jeunes de centre-droit de la Grande Région pour les européennes 2009”. Ce programme, réaffirmant leur engagement européen, se veut de réaliser “une Europe plus sociale et plus proche du citoyen.” Serge Wilmes a insisté sur “l’aspiration à une véritable Union politique ne se limitant pas à un marché commun et à une union monétaire, mais dotée de politiques communes en matière de politique étrangère et de défense, qui veut créer un espace de liberté, de sécurité et de justice.” Pour cela, “l’Union européenne doit réformer ses institutions et définir son modèle économique et social (…), une fois que le Traité de Lisbonne [sera] entré en vigueur.”

Pour relancer le projet européen, le programme prévoit de “passer d’abord par une réhabilitation de l’Europe aux yeux des citoyens”. En vue de “créer des conditions d’une adhésion populaire plus massive au projet européen”, les jeunes de centre-droit de la Grande Région ont fixé les priorités de leur programme électoral sur les points suivants. Premièrement, il faudrait “mieux structurer la vie politique et l’espace politique européen”. En deuxième lieu, il faut “faire de l’Union européenne un facteur de stabilisation et un repère international en clarifiant le projet géopolitique de l’Europe en voie de réunification et en approfondissant le marché intérieur pour renouer le fil de la croissance et apporter les réponses aux aspirations sociales.” Enfin, le projet se veut de “construire l’Europe de la proximité en faisant de la Grande Région un espace de développement économique dynamique et innovant.”

Selon Serge Wilmes, ces objectifs pourront être atteints par la réalisation du projet de “l’Université Grande Région”, qui contribuerait notamment à la généralisation du bilinguisme français-allemand, et par l’émergence d’un marché de travail grand-régional. “Ne laissons pas l’Europe aux souverainistes et aux eurosceptiques !” a revendiqué le président de la CSJ, avant de céder la parole à Erna Hennicot-Schoepges.

“L’Europe a besoin de plus de simplicité”

L’eurodéputée Erna Hennicot-Schoepges a vivement salué l’initiative des jeunes de se réunir, ce qui est une “bonne façon de réunir la Grande Région.” Elle a constaté que le “projet européen se trouve à un tournant” et que les citoyens se sentent actuellement “mieux protégés par leurs nations que par l’Europe”, même si tous les problèmes sont des problèmes européens, comme par exemple le changement climatique ou la crise financière. “Il nous faut donc des idées communes”, a-t-elle déclaré, tout en se rendant compte qu’il faut “faire comprendre aux citoyens qu’on a besoin de solidarité.”

Erna Hennicot-Schoepges a ensuite brièvement évoqué les grandes lignes du programme électoral du Parti Populaire Européen (PPE) en vue des élections européennes du 7 juin 2009. Axé sur une Europe sociale, le programme que le PPE est “en train d’élaborer”, veut proposer des solutions à la crise financière, et ce notamment par une “organisation du système financier”.

En guise de conclusion, l’eurodéputée a conseillé aux jeunes de centre-droit de la Grande Région de ne “pas parler aux citoyens des choses institutionnelles, mais de choses concrètes qui les intéressent.” Elle a continué en soulignant qu’il faut parler “des succès, comme par exemple de l’Euro (…), de la mobilité, de l’excellent contrôle de la criminalité (…) ou encore de la paix. Ces discours fascinent les citoyens.” Elle a ajouté qu’il faut également parler des “projets futurs, tels que Galileo ou des progrès dans l’agriculture.”

Finalement, il faudrait faire un effort pour expliquer les institutions européennes aux citoyens : “L’Europe aurait besoin de plus de simplicité. Le discours simple manque, ce que le citoyen peut percevoir comme excessif.” Et de conclure : “Si je quitte le Parlement européen, c’est aussi parce que la simplicité m’a manqué.”

Les défis pour les élections européennes 2009

Après le repas de midi, c’était le tour de l’eurodéputée Astrid Lulling. Elle a souligné la nécessité pour le PPE de gagner dans tous les Etats membres. “L’important”, a-t-elle déclaré, “c’est le nombre et la qualité des élus”. Or, les citoyens considèrent souvent “davantage la popularité que la compétence des candidats, et dans les grands pays, les gens ne connaissent même pas leur députés européens.” Selon Astrid Lulling, il est important que “les élus se consacrent entièrement à leurs mandats, qu’ils soient présents au Parlement européen et prêts à travailler.” L’eurodéputée a conclu en rappelant que “le Parlement européen n’est plus aujourd’hui une voie de garage pour ceux dont on veut se débarrasser sur le plan national et qu’il n’est pas non plus pour ceux qui gueulent comme un Cohn-Bendit mais ne sont jamais présents dans les commissions.”

Le Parlement européen, un important lieu de débat

Guillaume Klossa, journaliste français, a enchaîné la discussion en soulignant “l’importance du Parlement européen” et de son “travail de relais par rapport aux citoyens et aux médias”. Il a salué le “travail démocratique essentiel” qui est fait au “premier parlement transnational et lieu d’écho et de débat où sont posées des questions qui ne sont pas posées aux parlements nationaux”.

Dans l’actuelle période de crise qui remet “profondément en question” le modèle européen, Guillaume Klossa pense que le Parlement européen peut avoir un rôle majeur dans la construction d’un “monde nouveau”. En ce qui concerne les députés européens, il est d’avis que les “citoyens sont prêts à voter pour des gens compétents et capables d’unifier identité nationale et identité européenne, et qui, au contraire des députés européens français, savent parler aux médias pour se faire connaître, s’impliquer et donner des signaux.”

“Les puristes européens ont disparu”

Frank Engel, secrétaire du groupe parlementaire chrétien-social, et candidat CSV en discussion pour les européennes, a déploré que “les membres du PPE n’ont jamais voté à l’unanimité.” En plus, “la propre mise en scène [des députés européens] a parfois prévalu sur la mise en scène du contenu [politique] parce qu’il n’existe pas de mécanisme pour les reconduire à la raison. Ce mécanisme n’existe pas parce que les puristes européens ont disparu.” Selon Frank Engel, “la Présidence française a servi davantage à la mise en scène de la France qu’à celle de l’Europe. “Le fait que “Sarkozy ait résolu seul le conflit en Géorgie” et qu’il ait “suggéré que la France continue la présidence parce que les temps sont si durs”, alors qu’elle s’exerce à tour de rôle pendant 6 mois, ne serait pas arrivé “sous une présidence luxembourgeoise ou tchèque”.

Frank Engel a également rejeté que le Luxembourg soit traité de “bouc émissaire”, notamment dans le contexte de l’affaire Madoff : “Ce n’est pas la faute du gouvernement luxembourgeois (…) mais de tout un système qui s’est écroulé.” Jetant un regard sur les élections européennes qui s’approchent, Frank Engel craint que celles-ci “aient un moindre impact que les nationales”, mais il espère qu’elles seront “l’occasion pour quelques règlements de compte”.

En guise de conclusion, le secrétaire du groupe parlementaire chrétien-social a suggéré au PPE de se mettre “d’accord sur un même projet européen”, “d’avoir des idées pareilles” et de retrouver “sa logique d’identité” en vue de regagner sa “capacité d’action dans les grandes questions de principe”.

“Même si on fait des erreurs, faisons-les avec passion !”

Viviane Reding, membre de la Commission européenne en charge de la société de l’information et des médias, est venue témoigner de son expérience, soulignant la nécessité d’avancer “à petits pas” dans la coopération européenne et concluant par sa vision de la politique : “On ne peut pas faire de politique sans passion et sans enthousiasme. Même si on fait des erreurs, faisons-les avec passion !” La commissaire a ainsi invité l’assistance à participer à la construction d’une “Europe de passion pour les citoyens, avec les citoyens et surtout pour les jeunes et avec les jeunes”.

Son intervention a été suivie d’un débat avec l’assistance. A une première question sur l’éventuelle vocation de l’euro à devenir un jour la monnaie de toute l’UE, Viviane Reding a répondu que c’était là “la logique pure et simple”. Citant l’exemple de la Hongrie, fortement affectée par la crise financière, elle considère que “si la Hongrie avait eu l’euro, elle n’aurait pas sombré et n’aurait pas eu besoin d’être remise à flots artificiellement”.

Lorsqu’elle s’est vue demander si l’adhésion à l’euro ne devrait pas, à terme, se faire en même temps que l’adhésion à l’UE, Viviane Reding a rappelé que des “conditions supplémentaires, liées au Pacte de stabilité”, étaient nécessaires pour accéder à l’euro et ce “pour ne pas mettre en danger la stabilité des nations qui adhèrent déjà à l’euro”. Pour la commissaire européenne, “les doctes professeurs qui affirmaient il y a 10 ans que l’euro serait une monnaie molle se plaignent aujourd’hui qu’elle soit trop forte” et ce sont donc “ceux qui ont eu le rêve d’une monnaie unique qui ont eu raison”.

Interrogée sur ses vues sur l’accord de Schengen en relation avec l’UE, Viviane Reding a expliqué qu’il s’agissait d’un “accord difficile”, et ce non pas “politiquement, car le grand marché commun est notre futur”, mais en raison de la “méfiance des citoyens, par conservatisme”. Pour la commissaire européenne, en effet, “les électeurs sont très conservateurs”, par “peur de l’inconnu”. Ces peurs liées à l’ouverture des frontières sont, selon elle, “revenues avec l’élargissement” et la crainte d’être “submergé par des gens peu fréquentables”. Si Viviane Reding a bien entendu souligné “l’équilibre certain” atteint par l’UE à l’issue des derniers élargissements, elle a exprimé ses craintes que “pendant les élections, des partis d’extrême droite, des partis anti-européens n’essaient de déstabiliser les citoyens avec des slogans basés sur cette thématique”. En conclusion, il faut donc pour elle “rester calme et montrer combien ces craintes sont inutiles”.

Viviane Reding a été ensuite invitée à donner son avis sur la nécessité d’une poursuite de l’élargissement de l’UE ou, au contraire, d’une consolidation préalable à tout nouvel élargissement. Pour elle, ce choix entre “approfondissement” et “élargissement”, est une “question de base”. Elle considère qu’il y a d’un part des “plages blanches sur la carte de l’Europe qui ne sont pas logiques”, mais qu’il faudra les “combler uniquement quand les nations seront prêtes et après mûre réflexion”. D’autre part, pour ce qui est d’aller au-delà de ces “plages blanches”, Viviane Reding pense qu’il faut construire une politique basée sur la fameuse formule de Romano Prodi : “everything but institution” ou en français : on ouvre tout sauf les institutions. Il s’agit donc pour la commissaire européenne de créer un “anneau des amis” autour de l’UE, en établissant des “relations spécifiques” avec ces pays voisins, sans pour autant envisager “d’intégration”.

“Nous nous arrachons pour cette coopération”

Etienne Mangeot, responsable départemental des Jeunes populaires de Meurthe et Moselle, a conclu cette journée en l’inscrivant dans le cadre d’une “initiative qui transcende authentiquement le cadre national” et qui place les participants à “l’avant-garde de [leurs] partis politiques”. Rappelant que “les pères fondateurs appartenaient à [leurs] familles politiques”, il a revendiqué l’aventure européenne comme un “héritage commun” aux partis représentés dans l’assemblée. Cet engagement européen passe aujourd’hui par la Grande Région, qui est, pour Etienne Mangeot, “un échelon politique à investir”, et qui offre le cadre au “projet phare” de cette initiative commune : créer un réseau universitaire d’excellence dans la Grande Région.

Source: www.europaforum.public.lu