Gouverner c’est prévoir quoi ?


Ce mercredi, le Luxembourg a (enfin) appris que « gouverner c’est prévoir » ou plutôt, que gouverner devrait être de prévoir, car l’espoir et les attentes véhiculés par cette phrase introductive utilisée par le Premier Ministre ont vite été dissipés.

Après plus de 100 jours au gouvernail, il n’y a toujours pas de terre en vue !

Au contraire, le capitaine et ses matelots errent dans l’infini des océans, sans cartes ni repères.

C’est tout à fait normal car avant de trouver son chemin il faut attendre le résultat des réflexions d’une myriade de groupes, comités et cellules tous affectés à la recherche de nouvelles idées. De lui-même, le gouvernement n’en a visiblement pas.

Comment pourrait-on comprendre autrement les multiples affirmations du Premier Ministre qui en leur grande majorité versent dans le flou ?
Ainsi, l’Etat affirme économiser en premier lieu en son propre chef. L’exemple que le Premier Ministre a utilisé pour étoffer cette volonté consiste en la réduction des logements de service. Quelle idée révolutionnaire ! Est-ce cela que le gouvernement a prévu de faire pour réduire ses dépenses ?

Dans cette même lignée, le Premier Ministre a tout fièrement affirmé que l’Etat aurait d’ores et déjà économisé quelques 231 millions d’euros en frais de fonctionnement. Dans quels domaines est-il prévu de réaliser ces économies ?

Peut-être le saura-t-on un jour puisque 19 groupes de travail et au moins un consultant externe se penchent sur la question budgétaire. Ils auraient à cet effet reçu une lettre de mission. Que prévoit cette lettre ?

Aussi attend-on toujours les contours de la fameuse sélectivité sociale. A partir de quand est-il prévu d’appliquer les mécanismes de la sélectivité sociale ? 4,5 fois le salaire social minimum ? Force est de constater que la majorité des résidents sera qualifiée pour tomber sous ce seuil. Peut-on dès lors parler de sélectivité sociale ? Attendons le verdict des groupes de travail…

Le Premier Ministre se targue encore d’avoir fait des progrès au niveau de la lutte contre l’inflation. Bien que ce « progrès » soit plutôt le « mérite » de la crise que celui du gouvernement, ce constat suffit pour se poser la question de savoir si la modulation de l’indexation est encore justifiée. Que prévoit-on de faire au juste ? Maintenir une tranche maximale d’indexation par an ? Revenir à l’ancien régime de l’indexation (sans modulation) ou encore restreindre davantage le mécanisme de l’indexation qui est en place ? Le gouvernement devrait le savoir alors qu’il entend conclure un accord d’ici l’été, à condition toutefois que le capitaine et ses officiers soient d’accord sur la marche à suivre.

Quant à la mobilité, nulle part ailleurs le Premier Ministre n’a su donner davantage de détails. C’est normal, tout est prévu dans la stratégie pour une mobilité durable (MoDu) élaborée par Claude Wiseler : le dédoublement de la ligne ferroviaire entre Luxembourg et Bettembourg (page 112), la modernisation de la gare d’Ettelbruck (page 142), le cinquième quai à la gare de Luxembourg (page 109), l’arrêt Pont rouge (page 70), l’extension du tram jusqu’au Findel avec délai de réalisation à l’horizon 2020 (page 85), les plateformes d’échange à Bonnevoie, au centre-Hamilius, à la place de l’Etoile, au Héihenhaff, à Luxexpo et au Pont rouge (page 70)…On n’a pas dû attendre l’arrivée de l’infatigable François Bausch pour apprendre ces nouvelles !

Enfin, en matière de simplification administrative une révolution nous guette : un site sera lancé pour récolter les idées des citoyens qui bien évidemment seront prises au sérieux.

L’Etat n’est pas la Ville de Luxembourg où ce genre d’expériences a d’ailleurs montré un succès plus que douteux.

Le discours sur l’Etat de la nation nous laisse sur notre faim : Monsieur le Premier Ministre gouverner c’est prévoir quoi exactement?

Pourvu que le navire ne coule pas avant même d’avoir perçu le moindre horizon…